AAhhhh Mme Badinter

La philosophe féministe Élisabeth Badinter, à l’occasion de la sortie de son dernier livre contre la tyrannie de la mère parfaite et la maternité « écolo », met le doigt sur le nouveau fléau machiste : l’allaitement. Pour elle, tout est dû à un « nouveau naturalisme » qui veut « culpabiliser » les femmes et les enfermer dans leur rôle de mère.

Selon l’auteur de « Le conflit, la femme et la mère » (Flammarion), l’allaitement deviendrait obligatoire dans les maternités. Mais est-elle seulement allée dans une maternité ? C’est plutôt le contraire qui se passe, il faut se battre pour pouvoir pratiquer l’allaitement, refuser les biberons dits de compléments. Mais soit, passons.

Après l’allaitement qui serait obligatoire, voici que Badinter, dans une émission radio, alors qu’on attend qu’elle se prononce sur un sujet tel que la candidate du NPA faisant campagne en portant le voile, nous entretient sur les couches culottes, traitant la Verte Cécile Duflot de « bonne mère écologique qui allaite et lave elle-même ses couches (…) qui fait du brocoli bio. » Celle-ci d’ailleurs répondra du tac au tac : « Rendre l’écologie responsable des carences héritées du monde patriarcal européen est tout à la fois erroné et stérile ».

Après Moulinex, qui avait permis à la femme de rester derrière les fourneaux tout en lui permettant d’être une nouvelle force de travail pour maintenir la production bon marché et corvéable à merci, c’est aujourd’hui selon Badinter, Pampers qui libère la femme : « Ces couches jetables on été un des aspects de la libération de nos mères. » Et taxer les couches culottes jetables, c’est sombrer dans le « nouveau naturalisme » et la « culpabilisation »…

En effet, Badinter avait dénoncé en 2008 le projet de taxe sur les couches jetables lancé par Nathalie Kosciusko-Morizet, du temps où elle était secrétaire d’Etat à l’Ecologie. Aujourd’hui, elle affirme qu’ « il s’est développé ces 30 dernières années un modèle de mère idéale avec de nouvelles obligations de plus en plus lourdes pour se conformer à la nature ». Pour se conformer à la nature, ou plutôt pour se soumettre au Capital, au Profit, au Dieu Travail, au « Travailler Plus pour Gagner Plus et ne plus voir ni ses enfants ni leurs couches culottes » ?!

Bien sûr, pour avoir le temps d’être écolo, d’utiliser des couches lavables, d’acheter bio directement au producteur, de faire des compotes, les onguents… on ne peut le faire avec un travail à plein temps ! Est-ce que la conception du féminisme de E. Badinter est que la femme doit devenir un homme machine comme un autre, au service du capitalisme, une Wonder Women, magnifique pion du système productiviste ? Est-ce vraiment le prix à payer de la libération ?

Mais rien d’étonnant finalement dans la posture qu’elle adopte l’amenant à défendre la publicité sexiste et la nourriture industrielle, lorsque l’on sait qu’elle est fille et héritière de Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, en est aujourd’hui la deuxième actionnaire, et présidente du conseil de surveillance de la multinationale publicitaire. Elle représente, de plus, la 61ème plus grande fortune de France avec quelques 460 M d’euros… L’article de Rue89 à ce sujet est des plus pertinents.

Pour Sabine Salmon (Femmes solidaires) aussi, il y a bien « une culpabilisation des femmes » par l’écologie « car toute la gestion du quotidien repose sur leurs épaules »: tri sélectif, purée maison plutôt que petits pots etc…

En effet, au vu des implications de l’écologie (en terme de temps et d’énergie humaine : laver les couches, éviter les plats tous prêts, conduire les enfants à pieds à leurs activités, raccommoder les vêtements, etc.) il est indispensable de défendre un projet de société où ces tâches valorisées ne deviennent pas encore un investissement supplémentaire pour les femmes mais que ce soit les hommes qui s’en emparent.

C’est donc tout un nouveau modèle de société, hors des conditionnements que nous connaissons, que propose l’écologie, notamment à travers l’écoféminisme. C’est ce qu’on attendrait légitimement de la part d’une îcone du féminisme telle que E. Badinter. Proposer la baisse drastique du temps de travail, l’organisation de cours d’économie familiale obligatoires dès l’école primaire et pour les deux sexes, obtenir un congé parental à temps égal pour la femme et l’homme, et remettre en question la manière dont le corps de la femme est représenté dans nos sociétés (entre autre dans la publicité), cela afin de créer une rupture avec les modèles patriarcaux dominants.

Mais E. Badinter en est à des années lumières. A l’opposé même. Elle préfère défendre l’image d’une femme toujours plus aliénée à la consommation (ou consoummission !) en mettant en cause l’écologie et le respect de la nature. Mais c’est bien en retrouvant nos capacités d’auto-limitation, femmes et hommes, que nous parviendront à un juste équilibre des tâches, et non pas en continuant de gagner du temps ici (couches jetables) ou là (biberons). A moins que E. Badinter milite pour le bébé né d’un utérus entièrement autonome, pour libérer totalement la femme de la grossesse ?

C’est sûr cette fois-ci, Elisabeth Badinter, en voulant libérer la femme par l’esclavage du salariat, fait tout simplement FAUSSE ROUTE.

http://www.tv5.org/TV5Site/emission/emission-14-L_invite.htm?epi_id=883&video=http%3A%2F%2Fwww.viewontv.com%2Ftv5%2Fmetas%2Finvite%2Finvite_050310.asx

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